Pour la deuxième année consécutive, la Cinémathèque de Corse et l’association SORRU IN MUSICA unissent leurs efforts pour proposer au public du Festival de remonter le temps jusqu’à l’époque du cinéma muet, en présentant le film d’Henry Roussel intitulé “L’Ile enchantée”. La musique du film a été entièrement composée par Didier Benetti à l'occasion du Festival.
L’Ile enchantée (1926)
Fiction. Muet. Noir et blanc teinté. 1h45
Réalisation et scénario : Henry Roussel
Photo: Maurice Velle, Poul Portier
Décor: Georges Jacouty.
Interprétation: Jacqueline Forzane, Renée Héribel, Suzy Pierson, Rolla Norman, Gaston Jacquet, Poul Jorge, Roby Guichard, Jean Garat, Vital Geymond, Mario Nasthasio, Pierre Delmonde, Jules Hamon, Palermi.
Le sujet de « L'Ile enchantée » oppose l’amour fidèle et obstiné du Corse pour son pays aux envahissements destructeurs de l’industrie moderne. Dans son film, tourné en octobre 1926 dans la région d’Evisa et de Piana, Henry Roussel jette un regard moderne et clairvoyant sur la Corse. Président du Salon des Arts Décos, en 1925, le réalisateur s'intéresse aux problèmes que nous retrouvons encore aujourd'hui: modernisation, communication, isolement, difficultés du développement économique…
« L’Ile enchantée » est en effet un film intéressant et totalement d’actualité, puisqu’il expose la confrontation – évidemment tragique et sanglante – entre une Corse fidèle à ses traditions et une Corse envahie par la « modernité » venue du continent. Dans le film, cette « modernité » s’exprime par le changement des mœurs, et surtout par un essor industriel, dont on sait qu’il a réellement existé à la fin du XIXe siècle en Corse. Aujourd’hui c’est le tourisme de masse qui enrichit et asphyxie à la fois l’île – les usines ayant presque toutes disparu. Dans « l’Île enchantée », les industriels représentent le mal ; la vérité et la beauté se trouvent dans la nature et le maquis. Cette vision romantique et écologique avant l’heure est bien servie par les acteurs et les paysages comme les calanche de Piana, âpres et grandioses, où fut reconstruit le fameux château des Della Rocca, qui joue un rôle considérable dans le film.
Henry Roussel : D'abord acteur de théâtre (il fera partie de la troupe du Théâtre français de Saint-Pétersbourg), il débute au cinéma comme interprète en 1912, tournant surtout durant la période du muet (en particulier, dans des courts métrages de Maurice Tourneur). Après l'avènement du parlant, il apparaît encore dans quelques films, son dernier sortant en 1939. Dès 1913, il est également réalisateur, dirigeant une vingtaine de films (et scénarisant certains d'entre eux), muets puis parlants, jusqu'en 1937. On lui doit notamment la réalisation de deux adaptations cinématographiques (en 1924 et 1932) d'une histoire bien connue, Violettes impériales, dont il est l'auteur.
Le compositeur Didier Benetti, auteur de la musique écrite tout spécialement à l’occasion de ce ciné-concert, lève le voile sur son travail de création: « Cette partition composée pour un ensemble instrumental de 9 musiciens (quintette à cordes, clarinette, basson, cor et piano) est entièrement originale et totalement au service du film. Mon but a été de retranscrire les «non dits» puisqu’il s’agit d’un film muet, et de souligner accentuer, accompagner les images qui vivent sous nos yeux. Dans mon travail de composition, plusieurs choix s’ouvraient à moi, notamment la possibilité d’intégrer des musiques du patrimoine Corse. Je n’ai pas souhaité utiliser cette source sonore afin d’éviter des «clichés» trop faciles à produire, aussi, me suis-je surtout concentré sur les émotions, les décors, l’action, afin de servir au mieux cette histoire. En me plongeant dans l’univers de « L’île enchantée », j’ai «vécu» avec les acteurs, j’ai ressenti leurs émotions afin de les retranscrire à ma manière au travers de cette partition ininterrompue d’une heure quarante cinq. »
Didier Benetti est Timbalier solo de l’Orchestre National de France. Il a joué sous la direction des plus grands chefs (Lorin MAAZEL, Seiji OZAWA, Pierre BOULEZ, Ricardo MUTI, Valery GERGIEV, Kurt MASUR....), ce qui l'a décidé à se consacrer à la direction d'orchestre. En qualité de compositeur, il a à son catalogue des concertos pour percussions, harpes, arrangements et orchestrations. En Mars 2008 il a donné à l’Opéra de Metz la création mondiale de son ballet « The Thin White Line» avec la complicité du chorégraphe Barry Collins.